Le travail dans l’exploitation agricole


Dans une enquête réalisée en 2007 chez 145 éleveurs de Picardie, 92% des agriculteurs interrogés déclaraient vouloir prendre quelques jours de congés annuels, 81% recherchaient plus de temps libre en semaine, et 77% estimaient avoir des journées trop chargées.

Ainsi, dans une société où le rapport au travail a fortement évolué,les agriculteurs, pourtant attachés traditionnellement à la « valeur travail » se sont, eux aussi, progressivement faits à l’idée de nouveaux modes de vie. Comment aujourd’hui relever ce challenge dans une profession qui a de forts particularismes ? Vers quoi s’orientent l’entreprise et le travail en agriculture ? C’est le sujet de ce dossier spécial.

Un domaine d’activité marqué par ses liens au vivant


Même si l’activité agricole est plus que jamais plurielle, elle comporte certains particularismes notoires. Les plus évidents sont le lien au vivant et aux cycles biologiques, et la dépendance aux évènements climatiques, qui rendent les tâches peu planifiables, avec des superpositions complexes. Les débordements ne sont, pas toujours prévisibles et l’exécution de certaines tâches ne peut être différée dans le temps : alimenter, traire, transformer des produits… constituent des astreintes fortes. Jusqu’alors, ces spécificités étaient considérées comme parties intégrantes du métier, et acceptées comme telles. En comparaison avec d’autres filières, elles deviennent de plus en plus pesantes. Pour bon nombre d’agriculteurs, leur maîtrise est souvent l’un des axes prioritaires d’amélioration des conditions de vie.

Des exploitations de plus en plus grandes, et des activités plus spécialisées


La taille des exploitations et leur volume de production s’accroissent inexorablement. Pour autant, la charge de travail n’évolue pas toujours de façon proportionnelle : les investissements en équipements, les changements de pratiques permettent assez souvent d’absorber des accroissements mesurés de surfaces ou de volumes de production. Mais au-delà de certains seuils, ces accroissements peuvent générer des situations périlleuses.

L’augmentation en surface engendre souvent une plus forte spécialisation des systèmes, qui se répercute sur les tâches dévolues aux actifs qui y travaillent, notamment en exploitations sociétaires. Cette spécialisation ne va pas toujours de pair avec une meilleure efficacité du travail, et elle peut conduire à une certaine démotivation, voire déresponsabilisation dans le cadre de collectifs.

Des obligations administratives contraignantes, sources de stress


Fait important de l’évolution des métiers, et pas uniquement en agriculture, les tâches administratives et réglementaires, qualifiées « improductives », ont pris une part de plus en plus conséquente dans la conduite des activités de l’entreprise. Outre la charge de travail supplémentaire que représentent ces tâches, elles sont sources de stress et ne sont jamais perçues comme un facteur d’amélioration des conditions de travail.
Consultez le dossier  Le travail sur mon exploitation, où en suis-je ? Comment faire mieux ?

Une recomposition permanente de la main d’oeuvre, et l’émergence des collectifs


La composition de la main d’oeuvre des exploitations a, elle aussi, évolué : moins de main d’oeuvre familiale, quasi disparition du bénévolat, mais aussi un développement relatif du salariat parmi les actifs. L’ensemble de cette main d’oeuvre est de plus en plus qualifiée. Soulignons aussi l’émergence significative des collectifs de travail : un actif sur deux exerce aujourd’hui son activité dans un cadre sociétaire - GAEC, CUMA, Groupement d’Employeurs...

Comme il a su le faire dans d’autres domaines, le monde agricole doit mettre en avant sa détermination et sa force de créativité pour pouvoir faire évoluer ses modes de vie. En cela, la formation et les groupes d’échanges constituent des lieux privilégiés pour explorer et mettre en oeuvre de nouvelles voies.

A lire : Des formations pour organiser le travail sur l'exploitation

Jean BAUDOUX 
Conseiller Ovins
Chambre d’agriculture de l’Orne






POUR EN SAVOIR +

Nathalie LAVENAN
Courriel

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