Les agriculteurs normands sont relativement ouverts sur une majorité de mesures proposées dans le nouveau Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) sous réserve qu’elles soient techniquement réalisables, mises en oeuvre de façon progressive et acceptables en terme d’impacts sur l’économie de l’exploitation et les conditions de travail.
A l’automne 2008, 1 160 agriculteurs, soit près de 6 % des exploitations professionnelles de la région, ont fait part de leurs préoccupations sur les orientations du nouveau Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE), grâce à la consultation des Chambres d'Agriculture de Normandie. Les agriculteurs qui se sont exprimés se montrent ouverts sur une majorité de mesures proposées dans le SDAGE sous réserve qu’elles soient techniquement réalisables, mises en oeuvre de façon progressive et acceptables en terme d’impacts sur l’économie de l’exploitation et les conditions de travail. Il est important de faire preuve de souplesse pour tenir compte des conditions climatiques et de la diversité des systèmes. Les exploitants normands sont attachés à la réalisation d’un diagnostic préalable qui permette d’identifier les enjeux locaux des territoires et souhaitent être associés à la définition d’actions adaptées à ces enjeux. Ils ont fortement exprimé l’importance d’une compensation économique des contraintes ainsi que les appuis nécessaires pour accompagner les évolutions des pratiques. Des pratiques environnementales déjà bien ancrées |
Les agriculteurs ont déjà fait des efforts importants pour la reconquête de la qualité de l’eau : selon les mesures, un quart à un tiers des agriculteurs qui ont répondu mettent déjà en oeuvre certaines pratiques proposées. La gestion de la fertilisation azotée est l’enjeu sur lequel ils sont les plus engagés : près de 80 % des exploitants qui ont répondu appliquent déjà ou jugent applicables l’analyse des reliquats sortie hiver ou l’optimisation des doses, mais à condition, pour près des deux tiers, de ne pas réduire les objectifs de rendement. Par ailleurs, si plus de la moitié des exploitants déclarés en zone vulnérable est favorable à la couverture hivernale des sols (27 % la pratiquent déjà), 37 % jugent difficile, pour des raisons techniques, de la généraliser sur toutes leurs parcelles. Lutte contre l’érosion et le ruissellement : des mesures adaptées dans les zones à risques |
Concernant la lutte contre le ruissellement et l’érosion, près de la moitié des répondants estime que le maintien des herbages, des haies et des talus dans des zones à risques est envisageable sous réserve de la réalisation d’un diagnostic qui permette de cibler ces zones et d’une compensation économique des contraintes engendrées. 38 % seraient prêts à adapter le travail du sol dans ces zones. Cependant, près de 45 % de ces exploitants estiment que l’implantation généralisée de bandes enherbées de 5 m au bas de chaque parcelle n’est pas réalisable sur leurs exploitations. Ils s’interrogent en effet sur la valorisation économique de l’herbe. 12 % des agriculteurs consultés prêts à évoluer vers l'agriculture biologique |
L’objectif de réduction du recours aux produits phytos préoccupe aussi beaucoup les agriculteurs. Favorables à près de 60 % aux mesures agronomiques comme la diversification des assolements ou l’allongement des rotations, ils sont beaucoup plus réservés sur la faisabilité du désherbage mécanique (refus à 53 %) et de l’introduction de cultures pérennes à faible niveau d’intrants (remise en herbe, myscanthus – refus à 55 %) sur leurs exploitations si elles ne sont pas économiquement rentables. En outre, 12 % se déclarent prêts à évoluer vers l’agriculture biologique. Les agriculteurs expriment fortement des besoins de recherche sur des produits non polluants, des références et outils pour adapter les itinéraires techniques. Les agriculteurs s’inquiètent des contraintes de travail des méthodes alternatives à la protection chimique. Ils se demandent comment répercuter les coûts supplémentaires sur les productions dont ils ne maîtrisent pas les prix. Les Chambres d'Agricuture consultée officiellement |
Les résultats de cette consultation constituent autant d’enseignements et de pistes de réflexion qui serviront à la profession agricole et aux partenaires des Chambres d’Agriculture de Normandie dans l’accompagnement des agriculteurs pour atteindre les objectifs de bon état des eaux en Normandie. Au travers de cette enquête, les exploitants de Normandie ont réaffirmé leur volonté de contribuer positivement aux actions en faveur de la qualité de l’eau mais dans le cadre de mesures applicables, qui tiennent compte des réalités économiques et de la nécessité de maintenir les capacités de production de l’agriculture normande. Un message clair que les Chambres d’agriculture de Normandie, officiellement consultées sur le projet de SDAGE, transmettront à l’Agence de l’eau et à l’Etat d’ici le 11 mai prochain.
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