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L'agriculture biologique manque de producteurs !

Les Chambres d’Agriculture de Normandie ont désigné le développement de l’agriculture biologique comme l’un des chantiers prioritaires pour la période 2007 à 2013. Ainsi, le sujet était à l’ordre du jour de la dernière session de la Chambre Régionale, l’occasion de faire un point sur l’état des lieux, les perspectives, les travaux en cours.

La règle de base de la production “bio” est l’absence d’utilisation de produits de synthèse (engrais minéraux, phytosanitaires) conduisant à l’emploi de techniques adaptées : rotation des cultures incluant des prairies, désherbage mécanique, engrais verts, cultures associées avec des légumineuses, choix d’espèces résistantes aux agressions. 
L’alimentation des animaux est biologique, elle est préférentiellement produite sur l’exploitation et exclut les OGM. Des dérogations existent pour utiliser certains aliments non bio, dans la limite de 10 % de la matière sèche annuelle consommée. Les ensilages sont limités et le maïs est une culture permise. 
En matière de santé des animaux, la prévention et les médecines douces sont la priorité ; l’emploi de traitements allopathiques (antibiotiques, vermifuges) est possible mais de manière limitée.
La conversion dure 2 ans si la totalité de l'exploitation est engagée, au terme desquels l’exploitation devient biologique. Pendant cette période, le cahier des charges s’applique en intégralité mais les produits ne sont pas encore commercialisés dans le circuit bio.

2 % de la surface régionale, c'est peu !


La Basse-Normandie dénombre 463 exploitations bio en 2006, chiffre qui a connu un fort développement dans les années 1997 à 2002, pour ensuite stagner. Peu de surfaces sont consacrées à l’agriculture biologique (AB) - seulement 2 % de la SAU* régionale - malgré les atouts de notre région pour s’orienter vers l’agriculture biologique. Ces atouts régionaux se déclinent au travers d'une forte présence de systèmes avec élevage (ils facilitent l’organisation des rotations culturales avec des prairies, génèrent des engrais de ferme), un niveau d’intensification fourragère modéré (permettant l’autonomie fourragère même sans intrants), une forte présence de prairies dans les assolements (culture facile à conduire en AB) et un réseau (laiteries, abattoirs, organismes de collecte...) de valorisation des productions traditionnelles.
Malgré ces atouts, la Basse-Normandie se place au 10e rang français pour ses surfaces en bio et en conversion, et la France se situe au 5e rang européen sur le même critère, en dépit de l’étendue de son territoire agricole. L’idée actuelle de retard dans le développement de l’agriculture biologique prend en partie ses sources dans cette donnée.

Un marché porteur, mais pas de producteurs


La consommation de produits biologiques connaît une forte croissance en France et en Europe. Les magasins spécialisés bio déclarent connaître des croissances annuelles de chiffre d’affaires supérieures à 10 %, situation rare dans le paysage agroalimentaire. Selon Elizabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio, il manque aujourd’hui de produits bio en France, et le défi lancé aux agriculteurs est de satisfaire la demande.
Après 4 années de surproduction affichée en lait et céréales, le revirement est là, même si quelques producteurs ne valorisent pas leur production en bio, pour des raisons non liées au marché mais par exemple à leur situation géographique.
Jean-marc Vincent, producteur de viande ornais et président de l’association Normandie Viande Bio, annonce des demandes en viande bio de nouveaux clients comme Carrefour, impossibles à satisfaire aujourd’hui. "Il faudrait 20 à 30 nouveaux producteurs par an pour répondre à cette demande" lance-t-il.
Dans le Calvados, une vingtaine de collectifs d’achat de produits bio, on parle de “paniers bio” ou d’AMAP, a vu le jour ces dernières années. La production locale de légumes et de fruits est insuffisante pour répondre à cette demande : on manque en particulier de maraîchers bio.

Grenelle et Plan Barnier de développement


Le Grenelle de l’Environnement vise dans un premier temps 6 % de la SAU* en bio en 2010 et dans un second 20 % en 2020, contre 2 % actuellement. Par ailleurs, la volonté est affichée d’atteindre 20 % de produits bio dans la restauration collective en 2012, soit 1 repas bio par semaine, en commençant par la restauration collective publique.
Pour atteindre ces objectifs, un plan de développement a été annoncé. Il prévoit entre autres des fonds pour la structuration des filières bio, le doublement du crédit d’impôt en 2008 pour les producteurs, un financement accru de l’agriculture biologique via la prochaine révision de la PAC, la mobilisation de l’enseignement agricole avec conversion de certaines fermes de lycées…

Elevage laitier bio : quelle rentabilité ?


La question "Dégage-t-on un revenu suffisant en bio ?" est souvent posée. Les 10 fermes laitières bio qui ont été suivies dans les Réseaux d’Elevage permettent d’y apporter une réponse. Ces 10 fermes sont spécialisées lait et sont grandes avec une surface moyenne de 82 ha et une production de 300 000 litres de lait. 
L’autonomie alimentaire est recherchée : le chargement de 1,3 UGB/ ha de surface fourragère permet de produire tous les fourrages (surtout de l’herbe) sur l’exploitation, les céréales sont autoconsommées. Le quota est majoritairement réalisé, et la qualité du lait (cellules, butyriques) est équivalente aux exploitations conventionnelles. Le résultat "12 mois sur 12 en A+ sur le critère cellules" s’observe aussi sur ces fermes.
Les charges opérationnelles sont très faibles (très peu d’intrants achetés), et le produit est élevé avec la perception de la plus value sur le lait. Ainsi le prix du lait 2005/2006 pour ces 10 fermes est de 350 € par 1000 litres, avec cependant de fortes variations selon la laiterie. 
Cette combinaison permet un Excédent Brut d’Exploitation de 72 000 €, soit 43 % du produit : une efficacité économique bien supérieure à la moyenne des exploitations laitières du département.

Thierry Métivier - Janvier 2008

* SAU Surface Agricole Utilisée


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