Après les semis d’automne, il peut rester quelques arbitrages à effectuer pour les cultures de printemps. Désormais, il s’agit de piloter au mieux la culture, dont la fertilisation raisonnée face à la hausse des prix d’achat.
De nombreux agriculteurs de l’Orne nous demandent quelles économies sont possibles face à l'augmentation des prix des intrants (+ 40 à 50% sur les engrais depuis 2010). Le retour d’expérience des agriculteurs que nous conseillons pour certains depuis 18 ans (calcul des marges à l’appui), complétés par les nombreuses expérimentations réalisées, nous invitent à raisonner les intrants comme suit.
Des protéagineux dans l’assolement ?
Si nous connaissons des déceptions sur féverole dans bons nombres d’exploitations, le pois peut présenter un intérêt d’un point de vue agronomique et pour la diversification de l’assolement, ainsi que la gestion des pointes de travail au cours de l’année. Pour certains éleveurs, c’est aussi une source de concentrés limitant les achats de compléments azotés coûteux. A partir de 2012, l’intérêt spécifique de aides PAC est limité par le découplage de l’aide protéagineux de base (55,55 €/ha, réintégrés dans les DPU de l’exploitant ayant déclaré des surfaces entre 2005 et 2008). Toutefois, l’aide supplémentaire couplée reste maintenue (prévue entre 100 et 150 € /ha). Son montant tendra peut se rapprocher de 150 €, revalorisé par des surfaces pouvant diminuer à nouveau en France, pour un budget constant.
Illustrons le raisonnement par deux exemples opposés :
1 - Un éleveur qui a 50 ha de SCOP, avec un besoin minimum de 20 ha de maïs ensilage et qui fait habituellement 25 ha blé et 25 ha maïs envisage de remplacer 5 ha de maïs par 5 ha de pois. Cette option est discutable : aucun effet sur les marges, peu de réduction d’achat de tourteaux, pas de marge de manœuvre si les 20 ha de maïs sont insuffisants.
2 - Un céréalier, dont les 100 ha de SAU sont partagés à part égale entre du blé, de l’orge et du colza, est confronté à des problèmes de désherbage des cultures d’automne. La culture de printemps présente un intérêt pour résoudre certains problèmes de désherbage. Le pois aussi un bon précédent cultural.
Supprimer ou substituer les dépenses non rentables
- Les fertilisants sensés « activer la vie du sol » ou stimuler les plantes. Souvent chers (30 à 60 €/ha), leur efficacité est souvent nulle ou inférieure à ce qu’ils coûtent. Mieux vaut valoriser les engrais de ferme sur une plus grande surface. - Préférez les engrais simples : Ammonitrate, N liquide, Urée, Super 45, chlorure de potasse… gérés à la parcelle, au lieu des engrais complexes coûteux, associant N + P + K + S ou cocktails d’oligo-éléments. - Certains traitements de semences « haut de gamme » peuvent être remplacés par des interventions sur observation. C’est le cas du GAUCHO ou FERIAL blé par exemple, avec 15 à 30 €/ha d’économies. Certaines dépenses peuvent être différées de 2 ou 3 ans, en se rassurant à l’aide des analyses de sols périodiques : - Le phosphore sur cultures peu exigeantes, telles que le blé, triticale, avoine, - Le calcium sur sols à ph > 6,2 et taux de saturation supérieur à 80 %, - La potasse et magnésie dans la presque totalité des cas, surtout chez les éleveurs.
Adapter certaines charges selon l’objectif de rendement
Pas d’excès ni coupes sombres sans pilotage à la parcelle sur les points suivants : - Azote et soufre sur toutes cultures, - Phosphore sur cultures exigeantes : colza, pois, maïs, betteraves, - Les phytosanitaires : herbicides, fongicides, insecticides, régulateurs, antilimaces.
VOTRE BUDGET 2012 en €/ha : tableau de bord
En conclusion, faites un diagnostic de vos dépenses. Pour cela, bénéficiez du tableau de bord ci-joint pour vous situer. Si vous atteignez ou dépassez le seuil d’alerte, essayez de comprendre pourquoi et faites vous aider par un conseiller spécialisé. | TRAITEMENTS PHYTO | Minimum * | Moyenne raisonnée * | Seuil d'alerte * | | HERBICIDES | blé orge maïs colza | 30 30 30 50 | 45 45 50 80 | 55 55 60 100 | | FONGICIDES | blé orge maïs colza | 30 30 0 20 | 55 50 0 40 | 70 60 0 50 | | INSECTICIDES | blé orge maïs colza | 0 0 0 10 | 10 10 30 15 | 15 15 60 30 |
* Minimum : valeur en dessous de laquelle il est très difficile d'aller en agriculture conventionnelle sans recours à des techniques alternatives. * Moyenne raisonnée: chiffre moyen obtenu pendant 5 ans par les agriculteurs qui raisonnent très bien leurs interventions et ont d'excellentes marges. * Seuil d'alerte: au dessous de ce chiffre, il y a forcément du gaspillage ou des choix techniques non rentables sur le long terme. Exemple fongicide blé : mêmes les années à forte pression de maladies et avec des variétés sensibles, on gaspille de l'argent au delà de 70 € avec du blé. | SEMENCES | Minimum * | Moyenne raisonnée * | Seuil d'alerte * | | fermières | blé orge colza | 20 20 1 | 30 30 1 | 45 45 1 | | achetées | blé orge maïs colza | 40 40 90 30 | 60 60 100 45 | 90 90 160 50 |
| ENGRAIS MINERAUX | Minimum * | Moyenne raisonnée * | Seuil d'alerte * | | Azote + soufre | blé orge maïs colza | 70 55 30 35 | 140 125 55 155 | 180 170 110 180 | | Fertilisation P, K, Mg | blé orge maïs colza | 0 | 15 15 45 45 | 45 45 75 75 |
Article rédigé par Gilles FORTIN - Ingénieur références, avec l'appui de Xavier GOUTTE - Responsable de l'Unité Agronomie - Productions végétales
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