Maîtriser les coûts alimentaires en élevage allaitant


Le coût de l'alimentation représente de 50 à plus de 60 % des charges opérationnelles en élevage allaitant.

Ces dernières années, ce poste à subi une augmentation significative avec une progression de + 30 % entre 2007 et 2010, consécutive à la forte hausse du prix des céréales et des tourteaux.
Les évolutions de prix du maigre et de la viande n'ayant pas permis jusqu'à présent de compenser ces hausses du coût de production, des adaptations dans la conduite alimentaire des troupeaux seront nécessaires pour limiter la dépendance aux achats extérieurs.
Les principales pistes présentées dans cet article ont été testées dans le cadre du réseau d'élevage viande bovine de Normandie qui compte 46 exploitations réparties sur les 5 départements normands.

1. L'amélioration de la gestion du pâturage par le pâturage tournant


La mise en place d'un pâturage tournant permet à la fois d'augmenter la production d'herbe de 15 à 20 %, mais aussi sa qualité en offrant aux animaux de l'herbe jeune, âgée de 3 à 4 semaines au printemps, de 5 à 6 semaines durant l'été et l'automne.
Cette technique permet à la fois de maintenir une production laitière, suffisante, nécessaire à une bonne croissance des veaux, mais aussi de conserver des vaches en bon état corporel jsuqu'à la rentrée, condition indispensable pour réduire le coût de l'alimentation hivernale.
De plus, sous réserve de récolter précocement au printemps, la qualité des fourrages ainsi obtenue sur les surfaces prévues pour la fauche, et sur les excédents du pâturage tourant permettent de couvrir les besoins des catégories les plus exigeantes l'hiver (vaches en lactation, génisses de - de 18 mois) tout en limitant l'utilisation de concentré.

Exemple : pour un troupeau de 60 vaches allaitantes
Selon les conditions de portance, l'éleveur pourra pratiquer un déprimage précoce des surfaces destinées à la fauche, puis réserver 0,35 ares/UGB de pâture soit 21 ha pour ses 60 vaches, dans le cadre d'une période de vêlage d'hiver.
En créant 2 lots homogènes de 30 vaches chacun, l'éleveur disposera donc de 10,50 ha par lot.
Chaque parcelle étant pâturée en moyenne pendant 6 jours consécutifs et en misant sur un retour sur les parcelles tous les 30 jours, l'éleveur devra donc créer 5 parcelles d'une surface moyenne de 2,10 ha. Par rapport à un pâturage libre, cette conduite permet de libérer au moins 5 ares/UGB, correspondant à un total de 3 ha qui seront récoltés.
Dans l'hypothèse d'un rendement moyen de 5 tonnes de foin/ha, estimé au prix moyen de 150 € la tonne, la gain escompté après déduction des frais de récolte sera d'environ 1800 €.

2. L'allongement de la durée du pâturage en fin d'automne


Cette pratique peut s'appliquer aussi bien sur une exploitation ayant 2 périodes de mise-bas (automne - printemps) que dans un élevage dont les vêlages s'étalent sur la période hiver printemps.
Elle permet une optimisation des surfaces pâturées, grâce à la complémentarité du pâturage entre les deux lots de vaches. Il est en effet tout à fait possible d'allonger la saison de pâturage de deux mois pour les vaches qui vêlent en fin d'hiver, ce qui se traduit par l'entrée en bâtiment de ce lot début janvier, à l'approche des premiers vêlages.

Lorsque ces différentes conditions de base sont réunies, cette technique n'a pas d'incidence sur les performances des vaches ni sur celles des veaux nés durant l'hiver.
La production fourragère de l'année suivante n'est pas pénalisée, tant du point de vue quantitatif que qualitatif, dès l'instant qu'un temps minimal de repos de la parcelle est respecté (au moins 2 mois sans animaux). > suite

Les conditions à réunir pour allonger le pâturage d'automne :

- les parcelles mises à disposition des vaches pendant les mois de novembre et décembre doivent être suffisamment portantes,
- le chargement instantané doit rester faible (au moins 1,2 ha par animal),
- la rotation des parcelles doit être rapide,
- une mise à disposition des animaux de fourrage sec, en complément du pâturage,
- les animaux doivent disposer d'abris naturels.

3. Adapter son système fourrager


Face à l'augmentation du coût des approvisionnements : engrais, phytos, carburants ; ainsi que des aliments complémentaires : tourteaux, AMV (aliments minéralisés vitaminés), certaines cultures fourragères annuelles peuvent perdre de leur compétitivité.
C'est le cas du maïs ensilage dont les coûts opérationnels ont progressé de près de 20 % en 3 ans et pour lequel la totalité des aides a été découplée depuis 2010.
Parallèlement, les coûts des aliments nécessaires à sa complémentation : tourteaux, AMV ont fortement progressé depuis 2007.
D'après une étude réalisée par les Réseaux d'Elevage viande bovine de Normandie, le remplacement du maïs ensilage par une association graminée-légumineuse destinées à la fauche (3 coupes), conservée pendant 3 ans permet de réduire le coût alimentaire d'environ 2500 € pour un troupeau de 80 vaches.

4. L'amélioration de la qualité des prairies, l'introduction de légumineuses


Un grand nombre de vieilles prairies, fortement dégradées justifient une rénovation, pour en améliorer à la fois la production mais aussi la qualité.

Selon le niveau de dégradation, plusieurs stratégies pourront être envisagées :

L'amélioration s'adresse à des prairies peu dégradées et consiste à remettre à niveau la production de la parcelle par des techniques simples : apports raisonnés d'acide phosphorique, de potasse et de chaux, fumure azotée repensée, désherbage sélectif ou optimisation de la conduite de la prairie (déprimage, gestion des refus, valorisation des pousses de fin d'année, pâturage tournant).
Un sursemis est éventuellement possible, c'est l'occasion de tenter l'introduction d'un trèfle blanc qui améliorera le rendement et la qualité de la prairie.

La rénovation se traduit par un semis qui remplace complètement ou partiellement la flore existante. Elle est utilisée en cas de très forte dégradation de la prairie et dans l'objectif d'une amélioration rapide de la productivité de la prairie.

Le semis sans labour est réservé aux prairies non labourables (humides, en pente, caillouteuses...). Il préserve la structure du sol et garantit une bonne portance du sol lors des premières exploitations. Le semis après labour est plus coûteux mais facilite une bonne implantation de la prairie.
Quelle que soit la technique retenue, les règles d'implantation des prairies doivent être respectées avec application (voir recommandation du guide de l'herbe de Normandie).

Exemple

l'amélioration d'une prairie de 10 ha qui produit 6 T MS/ha, permettra d'augmenter la production d'environ 40 %, soit l'équivalent de 50 T enrubannage à 50 % MS ou 30 T de foin.
Après prise en compte des frais d'implantation (150 €/ha), et de récolte supplémentaire (100 €/ha) le gains s'élève à environ 2000 € soit 200 €/ha rénové.

Pour des conseils pratiques,
contacter Michel HARIVEL
- spécialiste Fourrages. tel : 02 33 31 49 52.

5. Adapter le rationnement hivernal aux besoins des animaux


Il convient de raisonner la conduite du pâturage pour voir des vaches en bon état corporel en fin de saison d'herbe. Plus la vache est en état de fin de saison d'herbe, plus elle pourra mobiliser ses réserves en hiver et donc consommera moins de concentré.
Attention à l'excès d'état en fin de saison dans le cas des vêlages d'automne. Il peut entraîner des difficultés de vêlages.
Les recommandations alimentaires de l'INRA indiquent que sur l'hiver, entre une vache rentrée en bon état (note > 3) et une vache rentrée en état moyen (note 2 à 3), il est possible de réduire la complémentation moyenne journalière de 0,75 kg de concentré par vache soit une économique de 1500 € sur l'hiver pour un troupeau de 60 vaches.

Alloter les animaux en fonction de leurs besoins

Les besoins sont très dépendants de la période de vêlage. Ce constat doit conduire à bien adapter le rationnement aux besoins exacts des animaux pour ne pas suralimenter des animaux dont les besoins sont faibles et complémenter ceux qui le demandent pour ne pas compromettre les performances.

Pour optimiser la distribution des fourrages disponibles et des concentrés, il est recommandé d'alloter les vaches en fonction de leurs besoins. Plus il y a de lot et plus les vêlages sont groupés, plus il est facile de coller aux recommandations.

Au minimum deux lots doivent être faits :
- les vaches à faibles besoins (entre 6 et 8 UFL) : vache gestante rentrée en bon état, vache en milieu et fin lactation... Les foins de qualité moyenne seront d'abord réservés à ce lot.
- Les vaches à besoins élevés (8 à 11 UFL) : vache gestante maigre à la rentrée à l'étable, primipare en fin de gestation et en lactation, vache en début de lactation et en période de reproduction. Les foins précoces, les enrubannages et les ensilages de qualité seront affectés à ce lot. La présence de cornadis permet de s'assurer de la juste consommation de la ration. Les génisses de renouvellement, en particulier les moins de 1 an seront considérées comme des animaux à besoins élevés. Pour les races à capacité d'ingestion limitée (Limousine, Blonde d'Aquitaine), la concentration énergétique de la ration doit être supérieure à la Charolaise.

Conseil : calculez vos rations hivernales

- La prise en compte des caractéristiques animales (race, état à la rentrée, production laitière, poids...) et de la qualité des fourrages est nécessaire à l'optimisation des coûts alimentaires.

- La complémentation minérale et vitaminique ne doit pas être négligée y compris dans un contexte de prix du minéral élevé. Le respect des dernières recommandations de l'INRA assure des bons résultats technique (reproduction, santé des veaux).


Patrick CARTOUX

Pour le Réseau d'Elevage viande bovine de Normandie
(13/09/11)


Tous les thèmes élevage


Brèves de Bergerie n°36  Résultats technico-économiques 2010 27/03/2012

112 médailles attribuées aux produits de Normandie (2 prix d'excellence), et 127 animaux classés !   33 médailles d'or, 42 médailles d’argent, et 37 médailles de bronze qui concernent les catégories : Calvados AOC, Pommeau de Normandie AOC, poiré, Jus de fruits, Huître, fromages, bière, beurre, lait, crème, volaille et charcuterie. 01/03/2012

Utilisation de la génétique dans les troupeaux ovins : intérêts techniques et économiques  A lire dans le numéro 34 du bulletin "Brèves de Bergerie". (mars 2011) 13/09/2011

Implanter des dérobées : une opportunité fourragère pour les ovins ?  A lire dans le numéro 35 du bulletin "Brèves de Bergerie". 13/09/2011

Le travail en élevage bovin lait, bovin viande et ovin viande  Des références pour le conseil 22/03/2011

Un bâtiment fonctionnel pour l'agnelage  Comment organiser son bâtiment pour y être efficace, en particulier durant la période importante de l'agnelage ? Repères techniques et coûts. A lire dans Brèves de Bergerie n°33. 21/01/2011



POUR EN SAVOIR +

Patrick CARTOUX - Courriel




Solutions

Jeunes bovins : connaître et comparer leurs coûts de production

La Chambre d’agriculture de l’Orne accompagne les éleveurs professionnels de taurillons en leur proposant une formule complète, personnalisée.

suite

Le Chèque Conseil agricole : une aide pour financer vos projets

La Région Basse-Normandie vous aide à financer une expertise personnalisée dans le but d’améliorer votre système d’exploitation et de vous orienter vers une agriculture durable du point de vue technique, économique, environnemental et social. La Chambre d'agriculture propose des conseils experts répondant à vos besoins, éligibles à cette aide.

suite

Le diagnostic prairies, pour mieux gérer ses surfaces herbagères

Maîtriser les coûts de production est vital. La valorisation optimale des prairies est un atout, à condition de prendre les bonnes décisions pour une conduite adaptée. Pour cela, un diagnostic s'avère un investissement utile, que le couvert soit dégradé ou non.

suite

RENDEZ-vous

22/05/2012
Portes ouvertes du réseau DEPHY Porte ouverte “réduire les phytos en colza”, chez Gilles Lenfant à Miserey (27)

suite

06/06/2012
Tech & Bio : Salon Elevage et cultures associées Mercredi 6 & jeudi 7 juin 2012 à Chateau-Gontier (53). Entrée libre.

suite

22/06/2012
Fête de la Bio : Journée technique Dans le cadre de la Fête de la bio, les 22, 23 et 24 juin 2012 à Cricqueville-en-Auge, le Groupement des Agriculteurs Biologiques du Calvados organise avec ses partenaires une journée technique le 22 juin.

suite

Repères

Les systèmes bovins viande en Normandie

09/05/2012
Actualisation économique de 9 cas types - conjoncture 2010 : des références pour le conseil et la prospective

suite

Propreté des animaux à l'abattoir

18/04/2012
L'accord interprofessionnel entré en vigueur au 1er janvier 2010 encadre la propreté des gros bovins entrant à l’abattoir.

suite

Résultats 2009 des exploitations, estimation nationale des revenus pour 2010

08/08/2011
Des repères utiles sur le fonctionnement technique et les résultats économiques des principaux systèmes d’exploitation bovins viande en France. Des résultats replacés en analyse interannuelle pour mieux comprendre les enjeux.
Les réseaux d’élevage pour le conseil et la prospective (RECP)

suite